Dr. Johan Gosset

Le docteur Johan Gosset, radiologue au CHU Tivoli, nous présente les contours de cette technologie d’imagerie médicale, dont la dernière évolution est le C-View. 

En quoi consiste la tomosynthèse ?

Docteur Johan Gosset - Il s’agit d’un système de mammographie 3D développée en 2007 par une société américaine. En soi, c’est une technique relativement ancienne, basée sur la tomographie. Apparue il y a une bonne vingtaine d’années, cette dernière fut une révolution à l’époque. Avant cela, lorsqu’un radiologue faisait un cliché, que ce soit un sein, un genou, un poumon, ou autre chose, l’envoi des rayons était fixe sur une cible fixe. Avec la tomographie, les rayons pouvaient désormais tourner autour de la zone que l’on voulait observer. Les scanners ont d’ailleurs découlé de là.

Aujourd’hui, la technique est appliquée au sein…

En raison de la compression, les tissus glandulaires se superposent et peuvent donner des faux positifs, autrement dit de fausses images de tumeur où, au contraire, masquer un problème.

Dr. J. G. -  Effectivement, si ce n’est que le rayon ne tourne pas complètement autour du sein, mais que l’on effectue un balayage selon un angle de 15 degrés autour de celui-ci (cet angle dépend de la firme de mammographe). Le but de la tomosynthèse est d’éliminer les superpositions que l’on peut avoir dans le sein ; à l’inverse, quand on réalise une mammographie traditionnelle, on comprime le sein - de face, de profil ou en oblique - en fonction de ce qu’on veut voir.

En raison de la compression, les tissus glandulaires se superposent et peuvent donner des faux positifs, autrement dit de fausses images de tumeur ou, au contraire, masquer un problème. La tomosynthèse permet de pallier cet effet de superposition et de mieux visualiser, coupe par coupe, tous les détails dans le sein. Ceci est particulièrement avantageux lorsque les seins sont fort glandulaires, donc plus denses.

Cette technique est-elle approuvée et validée ?

Dr. J. G. - À ses débuts en 2007, elle fut utilisée, dans un premier temps, sans l’approbation de la Food and Drug Administration FDA, l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux. Il a fallu l’intervention de supports européens pour développer la technique et la faire valider auprès de la FDA. Aujourd’hui, la tomosynthèse est parfaitement reconnue, approuvée et validée.

En Belgique, la technologie est validée pour ce que l’on appelle « le dépistage opportuniste »

En Belgique, la technologie est validée pour ce que l’on appelle « le dépistage opportuniste », c’est-à-dire au cas par cas, mais pas encore pour le dépistage organisé, le dépistage de masse. Ici, pour le fameux mammotest au niveau francophone, on recourt encore uniquement à la mammographie traditionnelle 2D.

Avez-vous l’espoir que cela évolue ?

Dr. J. G. - Oui, il faudrait que la 3D puisse aussi être validée pour le dépistage de masse, car les résultats sont très positifs. D’après les différentes études en Europe et aux États-Unis, la tomosynthèse permet une augmentation de 41 % de la détection des cancers invasifs. De plus, tout le monde est conscient aujourd’hui, y compris au SPF Santé Publique, que cette technique diminue les faux positifs, qui engendrent du stress, des biopsies ou des contrôles inutiles.

En quoi le C-View constitue-t-il un progrès ?

Dr. J. G. - Il s’agit d’un algorithme informatique qui permet d’utiliser la tomosynthèse (ou 3D) comme unique examen de dépistage du cancer du sein. Jusqu’ici, une tomosynthèse devait obligatoirement être complétée par une mammographie traditionnelle 2D pour chaque patiente. Sur le plan technique, le C-View permet de reconstruire une image 2D synthétique en se basant uniquement sur les résultats de la 3D.

Le C-View présente surtout l’immense intérêt de diminuer la dose d’irradiation, de l’ordre de 45 à 50 % ; la patiente peut en effet désormais se passer des rayons supplémentaires qu’aurait demandés la mammographie 2D. Un autre avantage est de diminuer le temps de compression sur le sein puisque grâce au C-View la compression totale n’est que de 4 secondes à la place de 10 secondes, au minimum.