Le Dr Jean-Marie Nogaret
Chef de la Clinique du sein de l’Institut Bordet

Cette notion est pourtant dépassée aujourd’hui, comme l’explique le Dr Jean-Marie Nogaret, Chef de la Clinique du sein de l’Institut Bordet.

« En trente ans, la proportion s’est totalement inversée : dans quasiment 80 % des cas, les patientes conservent leur sein. En effet, la mastectomie se verra réservée aux patientes qui ont d’emblée plusieurs tumeurs dans le sein au moment du diagnostic, ou à des femmes qui ont une forme assez particulière de cancer (mastite carcinomateuse) qui se présente sous forme d’une inflammation, ou encore à des patientes qui connaissent une récidive dans un sein déjà traité au préalable par chirurgie et radiothérapie. »

 

Quelles sont les évolutions qui ont pu améliorer ce processus ?

« Le service d’anatomopathologie constitue une évolution considérable : une fois enlevée, la tumeur est analysée dans un laboratoire situé à côté de la salle d’opération, où les résultats sont disponibles dans le quart d’heure.

Parallèlement, il est important aussi de connaître les résultats liés aux ganglions. Depuis la fin des années 90, la technique dite du ganglion sentinelle a été développée : elle consiste à enlever le premier ganglion axillaire (situé au niveau de l’aisselle), qui est analysé pendant l’opération. Si ce ganglion est sain, on sait dès lors que les autres le sont aussi. S’il présente des métastases, on peut alors enlever les autres ganglions également.

Le Mobetron (une radiothérapie peropératoire par délivrance d’électrons) constitue une autre avancée remarquable au niveau des tumeurs débutantes : il permet, pendant l’intervention chirurgicale, d’irradier le lit de la tumeur, là où se situe le plus gros risque de récidive. Gros avantages : ni la peau ni le poumon ne risquent de brûlures, aucun danger de séquelle contrairement aux rayons externes qui peuvent abimer la peau et on évite six semaines de traitement ambulatoire fort contraignant pour beaucoup de patientes qui doivent se déplacer tous les jours. »

 

Qu’en est-il de la qualité de l’acte chirurgical d’un point de vue esthétique ?

« Les résultats esthétiques sont globalement excellents, car on essaie toujours de se limiter à la tumeur, avec une petite marge de sécurité. Et si malgré tout une mastectomie reste nécessaire, les possibilités de reconstruction ont fortement évolué. Les techniques actuelles sont très performantes et donnent également d’excellents résultats esthétiques.

Autant de progrès en la matière rendus possibles entre autres grâce au soutien financier de l’ASBL Les Amis de l’Institut Bordet. Des avancées considérables, donc, mais il est fondamental pour chaque femme de comprendre que le dépistage reste essentiel : au plus tôt une lésion est détectée, au plus les chances de guérison seront grandes, sans nécessiter de traitement lourd. »