Jean-Michel Debry

Que sont les perturbateurs endocriniens ?

Jean-Michel Debry - Ce sont des substances de tous types : pesticides, composants de produits cosmétiques, résidus d’effluents domestiques ou de l’industrie, notamment du papier. Plusieurs centaines de perturbateurs ont été identifiés dans l’air, l’eau, l’alimentation, les boissons et dans des centaines de produits courants : toutes les crèmes - solaires, cosmétiques, médicamenteuses, etc. - les vernis à ongles, les parfums…

Ces substances peuvent perturber notre fonctionnement endocrinien au niveau des organes reproducteurs mais aussi les autres, sous contrôle hormonal, comme la thyroïde. Elles sont chaque fois présentes en très petites quantités, mais un effet cumulatif n’est pas impossible.

Quel est leur impact sur la fertilité et sur la spermatogénèse ?

J.-M. D. - Au cours des années 80, on s’est rendu compte qu’en Europe, le nombre de spermatozoïdes chez l’homme avait chuté de 40 à 50 % en une quarantaine d’années. Cela a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le monde de la procréation assistée. On a essayé de voir si le phénomène était également observable ailleurs qu’en Europe. Il s’est avéré qu’il était généralisé, mais avec des différences régionales en ce qui concerne la réduction de la fertilité. La conclusion fut qu’il s’agissait d’un problème d’environnement.

Très tôt, entre la 6e et la 20e semaine de grossesse chez la femme, les organes sexuels se mettent en place

On a constaté qu’un certain nombre de substances se retrouvaient majoritairement dans le sang de certains individus. Suite à des expériences en laboratoire, notamment avec des rats, il apparait aujourd’hui que certaines substances agissent sur les organes sexuels se mettent en place. Très tôt, entre la 6e et la 20e semaine de grossesse chez la femme, l’embryon met en place les organes sexuels, en particulier les futurs testicules, les crêtes génitales. Des perturbateurs endocriniens peuvent venir modifier leur métabolisme. L’enfant naît apparemment normal, mais si l’effet joue sur la fertilité, on ne s’en rend compte que 20 ou 25 ans plus tard, lorsque l’individu rencontre des problèmes au moment où il veut avoir des enfants.

A-t-on identifié quels perturbateurs agissent le plus ?

Parmi d’autres substances, on a en particulier identifié les phtalates. lls sont présents partout, notamment dans les matières plastiques souples que l’on trouve dans les boîtes et autres conditionnements alimentaires. Tous les phtalates n’ont pas un effet perturbateur, mais ils ont la particularité d’avoir de petites molécules qui passent l’obstacle placentaire chez la femme enceinte et atteignent l’embryon ou le foetus.

À six semaines de grossesse, la femme sait à peine qu’elle est enceinte : c’est un mois d’aménorrhée.

À six semaines de grossesse, la femme sait à peine qu’elle est enceinte : c’est un mois d’aménorrhée. Or, dès ce moment, cela devient déjà crucial d’éviter qu’elle entre en contact avec ces substances. Il faut savoir qu’un enfant qui naît aujourd’hui a déjà, dans le sang, la concentration maximale autorisée en dioxine, un des perturbateurs endocriniens. Ce qui risque d’arriver ensuite, c’est que cette concentration augmente encore.

Quels conseils - notamment nutritionnels - donner face à cette situation ?

Dès l’instant où vous voulez faire un enfant, mettez-vous en garde contre tous les produits chimiques autour de vous. Mettez des gants, y compris quand vous faites la vaisselle : les perturbateurs endocriniens sont partout ! Ne traitez pas vos rosiers contre les pucerons avec des pesticides ; laissez ces contacts « chimiques » à d’autres, surtout entre le 1er et le 3e mois de la grossesse. Pour prendre le cas de l’homme, si sa fertilité n’est pas trop affectée, on peut essayer d’améliorer le rendement testiculaire par des compléments alimentaires, qui contiennent essentiellement des vitamines et des sels minéraux. Dans certains cas, cela peut suffire.

Chez la femme, une obésité excessive ou une trop grande maigreur peut aussi compromettre sa fertilité

Chez la femme, une obésité excessive ou une trop grande maigreur peut aussi compromettre sa fertilité ; les hormones oestrogènes étant régulées dans les adipocytes, la proportion de graisse doit être ni trop faible, ni trop importante. Une affaire de juste proportion et d’hygiène de vie, par conséquent !